De la Résistance au Pardon

De la Résistance au Pardon

Figure de la Résistance, professeur de philosophie, laïque dominicaine, Maïti Girtanner s'est éteinte le 28 mars , à l'âge de 92 ans.

Torturée par les nazis durant la seconde guerre mondiale, elle avait trouvé la force de pardonner à son bourreau , un jeune médecin formé dans les rangs de la Gestapo, lorsque, 40 ans plus tard, ce dernier était venu en France la retrouver.

Née en 1922 d'un père suisse et d'une mère française , Maïti Girtanner est élevée par son grand père maternel, professeur au Conservatoire de Paris, dans la maison familiale du Poitou. Elle révèle très tôt un immense talent de pianiste. Entrée dans la Résistance à 17 ans en jouant les passeurs au bord de la Vienne, elle est arrêtée et condamnée à mort en 1943.

Croupissant dans une cave avec une vingtaine d'autres détenus, elle devient le jouet de Léo, 26 ans, jeune médecin recruté par la Gestapo pour éliminer les "terroristes"avec les techniques de torture les plus sophistiquées  . Par des atteintes multiples à la moelle épinière , il fait en sorte de détruire le système nerveux de la jeune femme. Elle sera sauvée in extrémis en février 1944, mais gardera des séquelles irréparables.

"Très très vite, j'ai eu le désir fou, irrépressible, de pouvoir pardonner à cet homme" confie-t-elle face à la caméra, 50 ans plus tard.

 Celle qui ne retouchera jamais un piano, renoncera à se marier et à avoir des enfants, le vit venir à elle en 1984. Malade, à l'article de la mort, "léo", dont elle ne prononcera jamais le nom, s'était souvenu de ses conversations avec cette jeune femme à l'intelligence vive, qui parlait de Dieu et de "l 'après vie" avec ses compagnons de torture.
"Qu'est ce que je peux faire ?" lui demande alors celui qui était devenu un père de famille respecté. "Ne vivez que d'amour, puisqu'il vous reste quelques semaines.."

A ceux qui la rencontraient, elle confiait dans ses dernières années: "je prie encore pour lui. Et je suis sûre que le Seigneur a entendu ma prière "

                                                                                                                                                                              S.Lieven (La Croix)