Homélie de Mgr Suetta pour Milllet

la Cimade de Nice nous transmets cette information bouleversante.
 
Je me permets de recopier les paroles de l’évêque :
 
"MILLET EST UNE VICTIME. Une victime, tout d’abord, du régime injuste de son pays, duquel elle s’est échappée. Un régime que tout le monde connaît mais dont personne ne se préoccupe. Malheureusement, l'Érythrée est l’un des si nombreux pays frappés par la pauvreté. Nous savons que, dans son pays, les garçons et les filles, dès leur jeune âge, sont enrôlés de force, pour une durée interminable, dans l’armée. Plus particulièrement pour les jeunes filles, ce « service, si l’on peut l’appeler ainsi, est un vrai enfer.
 
MILlET EST UNE VICTIME de nos frontières, aussi légales qu’injustes quand elles viennent se claquer au visage des gens et se ferment inexorablement, malgré leurs appels à l’aide.
 
MILLET EST UNE VICTIME d’une société qui se dit civilisée, qui revendique des principes comme ceux de la fraternité, de la liberté, de l'égalité. Principes au nom desquels ont aussi souvent été persécutées, torturées et tuées des personnes et que l’on ne sait pas toujours appliquer, ou du moins appliquer avec égalité pour tout le monde. Il y a des couleurs qui appellent d'avantage la fraternité, l'égalité, la liberté que d'autres. Et cela est une vraie injustice, dont notre civilisation devrait avoir honte.
 
 
MILlET EST UNE VICTIME de tous ces dossiers qui s’empilent sur les bureaux de ceux qui ont le pouvoir, une victime des procédures injustes et longues pour donner justice aux pauvres qui demandent de l’aide. Certains besoins, nous le comprenons très bien, ne peuvent pas attendre.
 
MILLET EST UNE VICTIME, enfin, de notre hypocrisie. Nous devons nous rappeler les paroles du Pape François, qui avec son habituelle franchise et son habituel courage, a dit il y a quelques jours : comment peut-on dire que l’on accueille le Christ dans notre vie si nous ne savons même pas accueillir les personnes de couleur qui frappent à la porte de notre maison et de notre cœur ?"
 

Millet était une jeune fille de 17 ans, Erythréenne, arrivée à Vintimille après un parcours que nous ne pouvons imaginer.

Elle était accompagnée de jeunes membres de sa famille (frères et sœurs). Après une nuit passée à l’église San Antonio, ils ont voulu partir pour essayer d’arriver en France dès le lendemain matin.

C’était la semaine dernière, le vendredi 7 octobre.

Ils ont pris l’autoroute qui va de Vintimille à Nice, et là dans un tunnel, avant d’avoir atteint la frontière, Millet a été percutée par un semi-remorque. Elle a été tuée sous les yeux du groupe qui l’accompagnait qui se sont retrouvés, eux-mêmes, en état de choc.

 

Hier matin le diocèse de Vintimille lui a rendu hommage. L’évêque de Vintimille, Mgr Antonio Suetta, a lui-même célébré la messe en présence de nombreux fidèles italiens, mais aussi des compagnons et compagnes de Millet.

 

La cérémonie a été d’une dignité et d’une solennité remarquables. Nous avons été impressionnés par le prêche de l’évêque alors que nous ne comprenions pas l’Italien. Nous avons entendu la force et l’engagement de ses paroles. Il n’y avait pas que des mots de foi et d’espérance mais surtout des mots d’indignation dénonçant l’injustice, l’indifférence, la misère qui font de Millet, de ses compagnes et compagnons des victimes (Voir ci-après cette partie de l’allocution traduite en français)
 

L’émotion fut à son comble à la fin de la cérémonie quand les jeunes femmes Erythréennes ont éclaté en sanglots incontrôlés. Leurs pleurs nous ont déchiré le cœur.

 

Une collecte était organisée pour le rapatriement du corps de Millet en Erythrée. Nous avons participé avec le reste des fonds que nous avions collectés auprès de vous.

 

Nous continuons à nous rendre à Vintimille pour aider, conseiller mais aussi apporter l’indispensable. Avec le froid qui arrive, il y a de gros besoins en vêtements chauds, grosses chaussures, sacs à dos, et duvets. Il faut aussi pour la cuisine de l’église San Antonio des produits alimentaires pour enfants. Ceci est un appel à votre générosité. Nous comptons sur vous, comme malheureusement d’habitude.

 

Nous en profitons pour saluer et admirer le dévouement des italiens et déplorer l’attitude de nos propres autorités. Un jeune soudanais est mort il y a quelques semaines en sautant d’un pont à Sainte Agnès pour fuir la police française. Nous ne savons rien de l’enquête, nous ne savons pas où est le corps et ce qui va en advenir. Nous allons exiger d’être reçues par le Prefet pour avoir des réponses

 

Le groupe Cimade de Nice