L'assistance

L'assistance humilie, quand elle prend l'homme par en bas, par des besoins terrestres seulement, quand elle ne prend garde qu'aux souffrances de la chair...

L'assistance humilie, si elle n'a rien de réciproque,si vous ne portez à vos frères qu'un morceau de pain, un vêtement, une poignée de paille...si en nourrissant ceux qui souffrent, vous ne semblez occupé que d'étouffer les plaintes qui attristent le séjour d'une grande ville, ou de conjurer les périls qui en menacent le repos .

Mais l'assistance honore quand elle prend l'homme par en haut, quand elle s'occupe,premièrement de son âme, de son éducation religieuse,morale, politique...de tout ce qui le rend libre, et de tout ce qui peut le rendre grand.

L'assistance honore, quand elle joint au pain qui nourrit la visite qui console, le conseil qui éclaire,le serrement de main qui relève le courage abattu, quand elle traite le pauvre avec respect, non seulement comme un égal, mais comme un supérieur, puisqu'il souffre ce que peut être nous ne souffririons pas.

Alors seulement l'assistance devient honorable parce qu'elle peut devenir mutuelle, parce que tout homme qui donne une parole, un avis, une consolation aujourd'hui, peut avoir besoin d'une parole, d'un avis,d'une consolation demain, parce que la main que vous serrez serre la vôtre à son tour .

 

                                                                                                                                                   F.OZANAM  -L'ERE NOUVELLE- 18 juillet 1848