Ils n’ont pas de vin… Ils n’ont pas de toit… Ils n’ont pas de travail… Ils n’ont pas de terre… Ils n’ont pas de titre de séjour… Ils sont migrants. Ils sont réfugiés.  Migrants ils ont quitté leur famille et leur patrie pour trouver ailleurs une vie meilleure. Réfugiés, victimes de la guerre ou d’une catastrophe naturelle, ils ont tout perdu ou tout laissé pour trouver refuge sur une terre de paix ou d’abondance ; et ils ont toujours dans leur cœur le désir de retourner au pays, en attendant des jours meilleurs.

Pour cette journée mondiale du migrant et du réfugié, le pape François a choisi comme thème : « Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Evangile de la miséricorde ». A la lumière de notre foi chrétienne, je voudrais partager trois réflexions.

  • Réfugiés et migrants nous rappellent notre propre histoire.

Abraham fut un migrant…

Le peuple hébreu fut migrant, conduit par Moïse…

Les exilés de Babylone furent migrants…

Jésus lui-même fut migrant, fuyant avec ses parents la terreur suscitée à Jérusalem par le roi Hérode le Grand.

Et, comme il est écrit dans la lettre aux hébreux, notre condition chrétienne est d’être sur cette terre « étrangers et voyageurs, à la recherche d’une patrie ».

Réfugiés et migrants nous rappellent la vérité de notre condition de chrétiens.

  • A propos de deux questions que nous pose le pape François.

Première question, posée dans l’homélie qu’il a prononcée à Lampedusa le lundi 8 juillet 2013 : « Qui de nous a pleuré ? » Nous pouvons lui répondre qu’en Provence nous avons entendu le message. Nous avons pleuré, nous avons tous été saisis de compassion lorsque nous avons vu les images des centaines de milliers de migrants arrivant sur notre continent. Toutes les paroisses ont été prêtes à accueillir un réfugié. Je peux citer Fuveau, Aix, Miramas où j’ai rencontré les réfugiés d’Irak et de Syrie. Mais pleurons-nous encore… ?

Seconde question, posée dans son message pour cette journée : « Comment dépasser la phase d’urgence pour faire face à des programmes ? » Un appel à combattre les causes économiques, politiques, climatiques des migrations. Un appel à combattre l’exploitation de ces personnes ; le pape cite ici les nouvelles formes d’esclavage par des organisations criminelles, le trafic d’organes, la mendicité forcée, l’exploitation sexuelle.

  • La règle d’or donnée par le Christ.

Nous ne sommes pas naïfs. L’accueil d’un million de réfugiés en Europe n’est pas facile. Les évènements de la nuit du 1 janvier à Cologne nous le rappellent ; 237 femmes ont porté plainte pour agressions sexuelles par des migrants. Pourtant la règle d’or nous est donnée par le Christ : « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli… J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli » (Mt 25, 35 et 43). Nous serons jugés sur l’amour.

J’ai cité pour commencer la prière de Marie à Jésus : « Ils n’ont pas de vin ». C’est notre prière aujourd’hui pour les réfugiés et les migrants, en communion avec le pape François.

Je conclurai avec la parole de Marie aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Que nous dit aujourd’hui le Christ ?

Avouons que l’arrivée massive des migrants nous inquiète et suscite en nous la peur. Mais ce n’est pas d’abord la migration de masse qui nous inquiète, c’’est ce dont elle est le signe. La migration de masse est un symptôme d’un désordre du monde. Et c’est ce désordre qui nous angoisse. Le pape François voit dans la migration de masse un signe des temps, non pas un phénomène passager, mais un phénomène durable et qui pourrait s’amplifier. « Un autre grave problème que notre monde doit affronter est celui de la migration de masse » (message à l’Organisation Internationale du Travail le 22 mai 2014). « L’émigration est l’un des signes de notre temps… Malgré le grand flux de migrants présents sur tous les continents et dans presque tous les pays, la migration est encore vue comme une urgence, ou comme un fait circonstancié et sporadique, alors qu’elle est devenue un élément caractéristique et un défi de notre société » (message à un colloque à Mexico sur mobilité et développement, le 11 juillet 2014).

Nous avons peur, et il y a de quoi. Mais la peur n’est pas chrétienne. Nous avons peur parce que nous manquons de foi. Sur la carte du monde, l’Europe brille de la foi chrétienne et témoigne du prix qu’elle donne à la dignité de toute personne humaine. Notre force, c’est notre foi, et nos missionnaires n’ont pas eu peur, souvent au risque de leur vie, de la porter jusqu’aux extrémités de la terre. Donnerons-nous aujourd’hui aux migrants le témoignage de notre foi ?

« Remplissez d’eau les cruches » dit le Christ. Que nos cœurs soient remplis de l’eau vive de la miséricorde dont le Christ nous comble. Comme l’écrit le pape François dans son message pour cette journée : « Les réfugiés interpellent l’Eglise et la communauté humaine afin qu’eux aussi, dans la main tendue qui les accueille, puissent apercevoir le visage du Seigneur, le Père miséricordieux, le Dieu de qui vient tout réconfort ». J’entendais hier le témoignage d’une femme bénévole au Secours Catholique ; elle accueille de nombreux musulmans pour l’alphabétisation : « Ils nous aiment, disait-elle, parce que nous sommes croyants ». J’ose espérer qu’ils nous aiment parce que nous les aimons, nous aussi.

Seigneur, inspire-nous d’être miséricordieux comme tu es miséricordieux. Inspire-nous d’aimer comme tu aimes. AMEN.